Coelioscopie
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Coelioscopie

La coelioscopie, comme l’arthroscopie, consiste à placer une caméra et divers instruments par des petites incisions qui sont alors réalisé à travers la peau et le péritoine. La coelisocopie peut être réalisée sur cheval debout ou couché en fonction de l’intervention à effectuer. Elle permet d’explorer l’abdomen du cheval et est utilisée:

– pour la prévention de certaines coliques (fermeture de l’espace néphrosplénique afin d’éviter les récidives de coliques dues à un accrochement néphrosplénique et fermeture des anneaux inguinaux en prévention de la hernie inguinale chez l’étalon).

– dans le domaine uro-génital (castration de chevaux cryptorchides, stérilisation de l’étalon par section du cordon testiculaire, intervention en cas de calcul vésical, ovariectomie et infiltration des ligaments ovariens chez la jument).

La coelioscopie et la prévention des coliques

La prévention des coliques implique la plupart du temps une bonne gestion alimentaire, une vermifugation adéquate et une hygiène de travail. Néanmoins, certaines coliques, en particulier leurs récidives peuvent être prévenues chirurgicalement. Dans ce cadre, la laparoscopie a montré son intérêt de part un accès souvent aisé à la structure anatomique concernée tout en ménageant une voie d’abord réduite et un trauma chirurgical minimal. Nous décrirons successivement la hernioplastie dans la prévention des hernies inguinales étranglées et la fermeture de l’espace néphrosplénique dans la prévention de l’accrochement néphrosplénique.

1) La fermeture des anneaux inguinaux ou herniorrhaphie/hernioplastie

La hernie inguinale étranglée est une urgence chez l’étalon dont le pronostic vital est engagé. Elle se traite en général chirurgicalement (Fig 1a et 1b) par abord inguinal bien qu’une technique de réduction par massage externe ait été décrite. Un abord abdominal peut parfois s’avérer nécessaire pour aider à la désincarcération de l’anse herniée et à l’évaluation des lésions sur celle-ci.

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Après une hernie inguinale étranglée, les risques de récidive ne sont pas négligeables (côté déjà impliqué par la hernie ou côté opposé). Deux options chirurgicales permettent de prévenir ou de réduire fortement les risques de récidive, la castration effectuée en général lors de la désincarcération ou la fermeture des anneaux inguinaux sous laparoscopie qui permet de préserver le testicule.

Nous utilisons principalement deux techniques pour la fermeture des anneaux inguinaux (vaginaux) sous laparoscopie (herniorrhaphie ou hernioplastie) avec ménagement du testicule : la dissection d’un lambeau de péritoine retourné et apposé contre le cordon et la fermeture du canal à l’aide de colle chirurgicale.

– Dissection d’un lambeau de péritoine retourné et apposé contre le cordon en regard de l’anneau vaginal sous laparoscopie debout ou couché.

Le cheval est placé dans un travail et préparé pour une laparoscopie par le flanc. Trois à quatre canules laparoscopiques sont disposés verticalement (Fig 2). Le lambeau est disséqué latéralement le plus près possible du cordon et rabattu médialement (Fig 3) à la manière d’un drap. Il est ensuite fixé au bord pariétal de l’anneau vaginal à l’aide d’agrafes, réduisant ainsi notablement la taille  ce dernier en particulier sa partie latérale et modifie notablement sa forme. La technique debout à l’avantage de pouvoir être effectuée juste après une éventuelle laparotomie et évite les risques liés à une deuxième anesthésie générale. Le lambeau est positionné dans sa position anatomique naturelle.

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18 cas ont été opérés par l’auteur. Un seul cas a récidivé. Il avait été opéré au tout début du développement de la technique. Aucune autre complication n’a été rapportée. Les chevaux opérés sont soit des sportifs de haut niveau, soit des étalons reproducteurs.

– Fermeture du canal inguinal à l’aide de cyanoacrylate (colle chirurgicale)

La technique utilisant le cyanoacrylate (colle chirurgicale) est une technique très élégante, plus rapide mais nécessite une bonne technicité. Elle a  été mise au point par l’auteur et permet de colmater l’anneau inguinal complètement sans avoir  effectuer ni dissection ni suture. La colle permet de colmater l’orifice inguinal sans rétrécir le passade du cordon testiculaire (Fig 4a et 4b). Onze chevaux ont été opérés par l’auteur avec cette technique et aucun n’a récidivé.

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2) Fermeture de l’espace néphro-splénique

L’accrochement du colon gros colon dans l’espace néphrosplénique ou déplacement à gauche du gros colon est une affection commune chez le cheval (6% de l’ensemble des coliques et présente un taux de récidive de 21% selon une étude récente effectuée sur un grand nombre de cas). Les hongres et les chevaux présentant une profondeur anormale de l’espace néphrosplénique semblent prédisposés. Le diagnostic d’accrochement néphrosplénique est souvent effectué par palpation transrectale et confirmé par l’échographie transcutanée. En fonction de la sévérité des signes cliniques, divers traitements médicaux et chirurgicaux sont décrits : sédation, hyperperfusion, activité forcée, roulage sous anesthésie générale, injection intraveineuse ou intrasplénique d’épinéphrine, correction chirurgicale sous cheval debout ou plus souvent par laparotomie médiane.

La fermeture de l’espace néphro-splénique sous coelioscope (laparoscopie) est indiquée pour prévenir les récidives d’accrochement néphrosplénique. Nous la proposons si le cheval a présenté au moins 2 épisodes de déplacement malgré une bonne gestion alimentaire ou lorsqu’un jeune cheval a du être traité chirurgicalement pour un accrochement néphrosplénique et que le propriétaire exclut toute relaparotomie en cas de récidive pour raisons financières.

L’intervention est effectuée sur cheval debout sous sédation. Deux canules classiques et une grosse canule de 25 mm de diamètre sont utilisées. Sous contrôle coelioscopique, une suture continue est réalisée permettant de juxtaposer la rate et le fascia péri rénal (Fig 5).

Les sites d’entrées sont refermés classiquement.

35 chevaux ont été suivis après fermeture de l’espace néphrosplénique dans notre clinique. Trois cas ont été réévalués en laparoscopie 3 semaines après l’intervention. L’espace était dans ces cas totalement occlus par du tissu fibreux (Fig 6). Six chevaux seulement ont présentés des coliques. Trois présentaient un déplacement à gauche incomplet du gros colon (colon entre la paroi abdominale et la rate). Les autres coliques avaient une cause différente.

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Nos résultats sons similaires à ceux publiés dans la littérature et confirment l’efficacité de cette technique dans la prévention de cette affection. Attention, cette technique permet uniquement de prévenir les déplacements à gauche complet du gros colon mais ne préviennent pas les autres types de coliques, en particulier les déplacements à droite.