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Uvéite

Qu’est ce que l’uvéite?

Uvéite signifie inflammation de l’uvée soit la partie vasculaire de l’oeil: iris, corps ciliaires et choroide.

Cette pathologie est fréquente chez le cheval. Elle IMG_1491
peut avoir des causes diverses mais lorsque qu’elle récidive de manière chronique elle évolue presque inévitablement vers la perte de vision de l’oeil. Elle peut également entrainer une douleur chronique difficile à contrôler.

Attention, l’ « uvéite isolée » (c’est-à-dire associée ni à une plaie oculaire, ni aux symptômes d’une maladie systémique) est un vice rédhibitoire si elle est diagnostiquée dans les trente jours suivant la vente. Un cheval présenté pour une visite d’achat doit systématiquement faire l’objet d’un examen ophtalmologique minutieux afin de déceler d’éventuelles séquelles d’uvéites.

Il est a ce jour communément admis que l’uvéite résulte d’une réaction dysimmunitaire.

Les mécanismes exact ne sont pas élucidés mais il est désormais démontré qu’une infection ancienne par la Leptospirose est la cause majeure de l’uvéite récidivante en Europe. En effet, des analyses effectuées sur le vitré des chevaux opérés de vitrectomie (chirurgie de traitement de l’uvéite) en Allemagne ont permis de mettre en évidence des anticorps anti-leptospirosiques, alors qu’aucune étude n’a mis en évidence d’anticorps anti-leptospirosiques dans le vitré de chevaux sains.

Par ailleurs, des chercheurs ont définitivement confirmé l’existence d’une ressemblance antigénique entre protéines de Leptospira interrogans et des protéines de la cornée et du cristallin. La réponse immunitaire contre les Leptospires entraine donc également une réaction immunitaire contre l’oeil lui même (appelée réaction auto immunitaire). On comprend ainsi mieux l’implication de cette infection dans les uvéites récidivantes du cheval et pourquoi elle s’accompagne de cécité plus souvent que d’autres causes d’uvéites récidivantes équines.

Une récente étude allemande qui a porté sur 130 chevaux atteints d’uvéite a également réussi à isoler des leptospires vivantes dans les yeux de certains de ces chevaux. Ces isolats appartenaient aux groupes sérologiques grippotyphosa et australis. Cette découverte est remarquable car la mise en évidence de ces bactéries est très difficile.

Le diagnostic étiologique permet de mieux comprendre la maladie, mais l’origine des récidives étant d’ordre dysimmunitaire, en aucun cas un traitement antibiotique de la bactérie en elle ne permettra de prévenir les rechutes (celle-ci n’est plus présente dans le cheval). 

Ce diagnostic peut se faire par ponction DSC09887d’humeur aqueuse en vue du dosage des anticorps anti-leptospires ou de la mise en évidence d’antigènes de leptospires par analyse PCR. En revanche, il n’existe pas de différence significative dans les taux d’anticorps sériques (taux d’anticorps contre la Leptospirose dans le sang) entre les chevaux sains et les chevaux malades. Le dosage des anticorps sériques anti-leptospirosiques n’est donc pas un moyen efficace de faire un diagnostic étiologique d’uvéite récidivante.

Des prédispositions génétiques existent également, les chevaux de la race Appaloosa notamment ont un risque plus important de développer une uvéite que les chevaux d’une autre race.

Quels sont les traitements possibles?

1) Le traitement médical

Le traitement médical repose sur l’utilisation d’anti inflammatoire et de mydriatiques. Il est utilisé par gérer les crises douloureuses, mais l’utilisation de corticoïdes dans l’oeil à long terme n’est pas envisageable car cela entraine une dégénérescence de la cornée. De plus, le traitement médical permet de gérer la douleur du cheval mais ne permet pas réellement d’enrayer les modifications anatomiques de l’oeil qui seront irréversibles.

2) La Vitrectomie

Cette intervention chirurgicale consiste à éliminer le vitré inflammatoire responsable de la réaction immunitaire et des récidives d’uvéite. Elle est indiquée pour les uvéites avec atteinte postérieure (du vitré) suite à une réaction dysimmunitaire contre la Leptospirose. Une ponction d’humeur aqueuse peut être indiquée avant l’intervention chirurgicale afin de confirmer ou non la présence d’anticorps contre les Leptospires dans l’oeil.

Cette intervention est possible car le vitré, structure normalement translucide, prend un aspect trouble bien visible macroscopiquement aux endroits où il contient des amas de cellules. A l’aide d’un matériel d’observation approprié, il n’y a donc plus qu’à pointer le vitréotome en direction de ces zones, afin de les aspirer, puis le volume est remplacé par du liquide d’irrigation. Cette intervention se réalise sous anesthésie générale.

Au départ, cette technique était utilisée chez l’homme afin d’améliorer la vision. Les médecins ont constaté qu’il s’ensuivait une nette diminution de l’inflammation. Chez le cheval, les mêmes effets ont été observés, et maintenant la vitrectomie est utilisée comme moyen de prévention des récidives d’uvéite. En effet, nous estimons que 90% des chevaux opérés ne présenterons plus de signes de douleur. Le risque de décollement de rétine est un risque majeur car il entraine une perte de vision brutale mais il est très faible. Concernant le risque de cataracte, il augmente avec l’importance des lésions déjà présentes sur le cristallin. Il est donc important de pourvoir détecter rapidement des signes d’uvéite récidivante afin de traiter rapidement le cheval, de stabiliser l’évolution des lésions et d’avoir un maximum de chances de préserver la vision. En cas de début de cataracte pré existante l’évolution peut être ralentie par l’intervention car le vitré inflammatoire entraine lui même la cataracte.

La mise en place d’un implant de cyclosporine Capture d’écran 2015-03-11 à 00.45.53a été développée aux Etats Unis pour le traitement des uvéites chez les chevaux Appaloosa avec de bons résultats. L’implant est mis en place dans la sclère et diffuse une molécule immunosuppressive (la Cycloscoprine) dans le vitré pendant 2 an. Cette intervention ne nécessite pas de materiel couteux et est moins invasive que la vitrectomie. En revanche, dans ce cas on ne retire pas les facteurs inflammatoires qui sont la cause primaire des récidives des uvéites à Leptospirose. De plus, les implants étants fonctionnels pendant 2 ans, l’uvéite récidive souvent au bout de ce délai. Les bons résultats observés avec cette technique aux Etats Unis sont logiquement liés à la race Appaloosa pour lesquels l’étiologie de l’uvéite est reconnue génétique.